25 February 2018

Publication: Thèse de doctorat de F. Periac (2014)

Les concepts de ‘diversité culturelle’ et de ‘capital social’ comme facteurs explicatifs de la capacité d’innovation des organisations et des territoires. 

 

Thèse de doctorat en Sciences économiques, soutenue publiquement à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, le 8 juillet 2014, sous la direction de C. Autant-Bernard et F.-X. de Vaujany.

 

Au cours de sa thèse de doctorat, Fabrice Periac s’est penché sur une question qui occupe une place importante dans le débat public actuel, et que n’importe quelle personne travaillant dans un contexte multiculturel s’est probablement déjà posée : est-ce que la diversité culturelle de mon équipe de travail, de mon entreprise, de ma ville, ou même de mon pays, constitue un avantage ou un frein à sa performance économique, et plus précisément à sa performance innovante ? 

 

Convaincu du fait qu’aucune réponse catégorique à cette question ne peut être pertinente ou utile, il fait le choix d’analyser cette question dans toute sa complexité, et surtout, sans céder aux tentations partisanes qui l’accompagnent généralement. Ainsi, plutôt que de chercher à dire que la diversité culturelle est en soi bénéfique pour l’innovation et la performance, ou au contraire, qu’elle leur est intrinsèquement néfaste, il s’intéresse aux conditions, contextes, dispositions institutionnelles, formes de management, et décisions politiques qui permettent de faire de la diversité culturelle une force pour l’économie, et celles qui au contraire, contribuent à en faire un désavantage. 

 

Il montre notamment que la notion de “capital social”, définie dans ce cadre comme l’ensemble des caractéristiques d’une structure sociale (densité du réseau de relations sociales, normes et conventions bien acceptées par les membres, force des valeurs communes, niveau de confiance élevé entre les membres, etc.) qui facilitent la performance innovante du collectif, apparaît comme un élément contextuel primordial : si la diversité culturelle s’accompagne d’une diminution du capital social, alors, son impact en termes économiques apparaît plutôt négatif. Mais réciproquement, si un haut niveau de capital social est maintenu au prix d’une grande homogénéité culturelle, la capacité d’innovation du collectif, et donc sa performance à long terme, risquent d’être limités. C’est donc la combinaison d’une certaine diversité culturelle et d’un haut niveau de capital social qui semble être idéale pour favoriser l’innovation et la performance économique.

 

Par ailleurs, il met en lumière un autre élément contextuel majeur : l’horizon temporel auquel la performance est évaluée. Plus précisément, il montre que dans une perspective de performance de court terme – souvent exclusivement financière –  cette combinaison de diversité culturelle et de capital social risque de ne pas être très bénéfique, voire, peut s’avérer négative. En effet, développer de la confiance et de la cohésion – ou autrement dit du capital social – au sein d’un collectif diversifié prend plus de temps, et est donc moins efficace à court terme que de travailler avec un collectif homogène. Cependant, les crises financières successives, et plus généralement les impacts sociaux et environnementaux désastreux de visions économiques court-termistes, poussent à croire qu’un objectif beaucoup plus souhaitable est celui d’une performance durable, c’est à dire une forme de performance partagée entre tous les membres du collectif, et bâtie sur des mécanismes qui ne détruisent pas les ressources environnementales sur lesquelles elle s’appuie. Or dans une perspective de performance durable, l’auteur montre que la combinaison d’une grande diversité culturelle et d’un capital social élevé apparaît comme un facteur de réussite prépondérant.

 

En se basant sur ces éléments, on comprend donc que d’un point de vue pratique, l’enjeu pour les entreprises comme pour les territoires, n’est pas de savoir s’il faut limiter ou augmenter le niveau de diversité culturelle, mais plutôt de mettre en place des institutions, des règles et des modes de management qui favorisent l’émergence de confiance et de cohésion au sein de collectifs diversifiés, et qui sont orientés vers des formes de performance durable plutôt que vers des formes de performance de court terme.